27 – La plage, première partie

Assis sur le sable, mes yeux tournés vers le soleil mais cachés derrière mes lunettes noires, j’apprécie ce moment salé et revivifiant. Le sable est fin mais froid entre mes doigts. Le vent souffle et fait voler les nuages dans une danse sans fin, mêlant rythme endiablé et douceur tranquille. Le ciel n’est peut-être pas aussi bleu qu’en été, mais j’aime me retrouver là.

L’océan se jette avec fracas sur la plage qui est bien loin d’être abandonnée. Quelques promeneurs laissent leurs traces, quelques amoureux s’enlacent fougueusement. La musique des vagues est envoûtante. Je voudrais me laisser aller…

Je n’arrive pas à retrouver ma bonne humeur. Il me semble qu’elle s’en est allée avec Morphée et qu’elle ne reviendra plus. Je sais bien que je suis détestable aujourd’hui mais c’est surtout parce que la tristesse a pris d’assaut mon cœur et mon âme.

Toujours mes questions sans réponse… Que de doutes, que de doutes…

Je pousse un énorme soupir, bien malgré moi. Rosie me regarde avec autant d’inquiétude que de compassion. Elle veut me prendre la main, mais déjà, je suis debout. Je ne veux pas de cet amour teinté de pitié, ni de cette tendresse qu’on peut avoir quand on est avec un grand malade.

Je ne suis pas malade, c’est le monde qui est malade !! Pourquoi m’a-t-on volé mon passé ? Pourquoi suis-je là, à vivre cette vie amputée de quatre années que chacun a vécu mais pas moi. Je venais d’avoir 28 ans, j’en ai 32 ans à présent. Et je dois vivre comme si de rien n’était !! Comment est-ce possible que personne ne comprenne ce que je ressens ? Comment me vouloir toujours souriant ? Où sont passées ces années qui me manquent tant, qui me manquent autant que si l’on m’avait coupé les deux bras ? Que s’est-il passé que mon inconscient ait préféré effacer ? Et Sabine dont personne ne me parle et qui ne donne pas signe de vie… Il faut que je l’appelle !

J’attrape mon portable, cherche son numéro mais je ne le trouve pas. Quel est-il déjà ? Allez mon vieux, rappelle-toi, tu l’as fait tant de fois… 06 ? 06.14 ? Ah oui, ça y est ! Mes doigts retrouvent naturellement sans que j’ai besoin de le dire. J’approche le téléphone de l’oreille. Voilà, une sonnerie !

Il n’y en aura pas deux… J’entends d’abord une mélodie affreuse, puis une voix impersonnelle et métallique m’annonce que ce numéro n’est pas attribué…

Tout se combine pour que je ne retrouve pas le début d’un fil pour démêler cette mémoire toute embrouillée. Peut-être que ma mémoire est réellement effacée, formatée même ? Non, ça non, ce n’est pas possible !! Je sens la panique revenir, telle une boule furieuse qui réclame sa pitance, une boule qui se loge dans mon ventre, dans ma gorge. Il faut que je retrouve mon histoire ! Je dois comprendre, il faut que je comprenne ce qui m’arrive.

Une vague se forme, plus grosse que la précédente, et éclate dans un vacarme qui me ramène à la plage, cette plage où j’ai fait mille et mille châteaux de sable tous plus grands et plus beaux les uns que les autres, et qu’inlassablement, l’océan venait détruire après les avoir chatouillé, humé, léché…

Rose a eu une vraie bonne idée que de nous proposer un tour sur la plage, cet après-midi. En face de la nature, en face de cet élément incontrôlable qu’est l’océan, je me sens réintégrer ma peau.

Je pose ma veste près de ma famille, et m’éloigne, tranquillement. Mes pas se font plus rapides, mes jambes veulent se dérouiller. Alors je me mets à courir, sans penser à rien, à petites foulées. Je me dirige vers le sable mouillé où la course se fait plus facile et plus rapide. Cet instant est magique, une vraie pause dans cette vie de fou que je mène depuis quelques jours. A ma gauche, la terre. A ma droite, la mer. Je suis au milieu. Je suis où je dois être.

Je n’ai plus de doutes, je me reconnais, je suis moi quand je cours. Je me concentre sur ma respiration. Inspirer sur un temps, expirer sur deux temps… Allonger la jambe… Mon corps se souvient de ce temps où je courais dans les rues de Paris tous les soirs pour évacuer le stress de la journée. Tout se remet en place. Un pas, puis un autre, plus vite encore.

Mon regard est attiré par un chien qui court à toute allure vers l’eau, la laisse pendant derrière lui. Il se jette dans la première vague et là, le choc !

Je me retrouve les fesses par-terre, les coudes sur le sable, et les pieds en l’air. Et derrière mes pieds, une figure toute ébouriffée, toute rouge. Elle se tient la tête d’une main, et murmure :

« Je suis désolée, je regardais un chien qui courait et je n’ai pas regardé devant moi !

– Excuse accordée si vous m’aidez à me remettre sur mes pieds », dis-je en râlant pour la forme.

5 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. colettedc
    Juin 06, 2011 @ 21:03:38

    Bonsoir Marie-:D … que je suis contente de cette suite moi qui est à jour dans toute cette magnifique histoire !
    J’espère que tu vas bien … assez bien pour le temps comme on dit ici … 😉 …
    Bonne fin de ce jour, bon demain et agréable semaine … le tout accompagné de toute mon amitié,
    C☼lette 🙂

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  2. colettedc
    Juin 06, 2011 @ 21:04:42

    … le fameux 😀 se voulait un sourire 😀

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  3. claudielapicarde
    Juin 07, 2011 @ 11:28:10

    Tiens la suite, je pensais que tu étais en panne, merci.
    Bisous et bon mardi.

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  4. giselefayet
    Juin 13, 2011 @ 21:24:01

    L’océan va – t il réussir à débloquer la mémoire de Nathan , qui sait ? Merci pour cette suite toujours tres agréable de te lire .
    Bonne soirée
    Bisous

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    Réponse

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