Marcel et sa boulangerie

“Marcel avait la meilleure Boulangerie et Pâtisserie de la rue des Rosiers.
On se pressait, dès les premières heures de la journée, devant sa porte, et le vendredi, le dernier de la queue devait patienter plus de dix minutes avant d’être servi, tant les clients achetaient de halot et de gâteaux pour le Shabbat.
Le commerce marchait bien, la clientèle était fidèle, la patronne satisfaite derrière sa caisse, les serveuses au comptoir sympas et rapides. Tout aurait donc été pour le mieux dans le meilleur des mondes, si Marcel ne souffrait d’un gros défaut qui lui rendait la vie difficile et faisait de celle de ses ouvriers un véritable cauchemar : Marcel était coléreux, irascible, difficile à vivre. Et malgré les prières de sa femme et les conseils de ses docteurs, il se refusait d’avaler ces médecines qui « abrutissent », selon lui, les hommes de poigne. Il soutenait qu’il était coléreux comme un autre est paresseux, et qu’il avait de bonnes raisons de l’être. « Que les ouvriers et toi-même ne traînent pas, répondait-il à sa femme, et que vous exécutiez mes ordres à la lettre ! Comment veux tu faire marcher ce bazar sans cela ? Il faut un capitaine à bord, et un seul ! »
Pure invention de sa part. Imagination quasi maladive, puisque la Boulangerie se mettait au garde-à-vous à chaque fois qu’il ouvrait la bouche.
En vérité, ses colères le prenaient soudain et sans raison. Il explosait alors comme un volcan. Oui, mais les volcans en général annoncent leur irruption. Certains signes précurseurs permettent aux humains et aux animaux de fuir, de chercher refuge. Mais au pétrin ou au comptoir, point d’abri face à la surprise ! Il fallait courber la tête, se recroqueviller sur soi-même et attendre que passe la tempête. Il fallait de plus se protéger, que les projectiles que dans sa rage il ne manquait pas de projeter, ne t’atteignent. Miro le jeune mitron, en avait fait les frais quand, paralysé par la peur, il reçut une miche qui venait de sortir du four. Il fallut toute la douceur et le billet que lui glissa Rose, la patronne, pour qu’il ne se rende en pleurs chez ses parents.
La chose ne pouvait pas continuer ainsi. La révolte grondait à la Boulangerie et les ouvriers avaient annoncé à Madame Rose qu’ils « montaient au feu » et qu’ils allaient se plaindre à leur syndicat. Rose, en larmes, leur demanda deux ou trois jours de délai pour régler ce problème, et qu’en aucun cas la Boulangerie n’en souffre.

Mais la Boulangerie en souffrait déjà. Toute une fournée avait brûlé lors d’une irruption, et le lendemain, les clients s’étaient plaints que le pain avait un goût légèrement aigrelet, comme si le levain avait tourné.
Rose se souvint alors « de la mayonnaise qui tourne ». Sa mère lui avait raconté que lorsque la ménagère est fâchée, sa mayonnaise tourne. Des énergies négatives agissent alors sur les mets préparés par elle. « C’est ce qui nous arrive avait dit Rose à Marcel ». Mais celui-ci la traita de superstitieuse et de psychologue à deux sous et lui demanda de le laisser tranquille. De peur qu’il n’explose de nouveau, elle se tut et décida d’aller consulter son oncle, le Rabbin, que Marcel respectait plus que tout autre.

Le Rabbin l’écouta avec attention. « Envoie-le moi, Rose, ma fille, lui répondit-il ».
« Il ne voudra pas venir et explosera en sachant que je suis venir prendre conseil auprès de vous, lui dit-elle ».
« Dis-lui que je voudrais lui parler d’affaires. Il viendra. »
Il vint.
« Comment vont les affaires Marcel, Lui demanda-il ? »
« Très bien, mon oncle, lui répondit Marcel. »
« Dis-moi, mais réfléchis bien avant de me répondre. Qu’est-ce qui va mieux, les affaires ou ta santé ? »
Marcel se dandina sur son siège, hocha plusieurs fois la tête, et à la fin il répondit: « Les affaires, mon oncle. Ces derniers temps je suis un peu tendu et porté à m’énerver pour un oui ou pour un non ! »
« Alors que tu ne sais pas combien de temps t’est donné à vivre, car aucun de nous ne peut le savoir, tu fais passer les affaires avant ta santé, avant que de bien vivre. Et alors que les affaires se portent bien, elles, tu leur consacres ta santé, tandis qu’elles-mêmes ne font rien pour toi ! On appelle cela du ‘Fétichisme’, de ‘L’Avoda Zara’! Et cela pourquoi ? Parce que tu n’es pas capable de surmonter ton avidité du gain, tes bas instincts et tes colères ! Sais-tu ce que disait Ben Zoma à ce sujet ?

Il disait : ‘Quel est le véritable héros ? C’est celui qui sait vaincre ses passions’. » (Pirkei Avot, Chap. 4, 1).”

Dr Reuven (Roger) Cohen

4 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. telavivcat
    Avr 13, 2012 @ 14:39:32

    Un fermier vint un jour se plaindre auprès de son rabbi à propos de l’exiguïté de sa maison pleine d’enfants à craquer. La situation lui était devenue insupportable. Le rabbi lui proposa alors d’amener chez lui une chèvre, ce genre de chèvre bruyante, sale et nauséabonde. Sans tarder, le fermier revint chez son rabbi en se plaignant à nouveau: “Tout va de mal en pis”. Le rabbi lui conseilla alors de renvoyer la chèvre. Très peu de temps après, notre paysan rendit à nouveau visite à son rabbi, mais cette fois pour le remercier: quelle maison magnifique était la sienne à présent!

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  2. telavivcat
    Avr 14, 2012 @ 01:04:33

    la réponse au quiz de BA est « bio dynamisé ». Tu es allée aux urgences ?

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    • mariessourire
      Avr 14, 2012 @ 09:44:34

      oui, j’y suis allée hier (d’où ma fatigue en fait d’hier)
      bon, celle que j’ai vu m’a rassuré, m’a dit que c’était très bien comme ça et qu’il fallait que je continue comme ça (donc encore une vie trèèèès calme), je suis sur la bonne voie de la cicatrisation et donc de la guérison
      elle m’a donné des gouttes antibiotiques pendant trois jours parce que j’ai toujours du pus dans l’oeil
      elles piquent, ces gouttes, mais je vois que ça fait du bien à mon oeil, j’arrive mieux à l’ouvrir après que je les ai mises !
      donc tout va bien, reste le 24 avril, contrôle prévu avec ma chirurgienne et qui ne devrait pas être annulé !
      voili voilou, tu sais tout !
      sourire

      bio dynamisé dis-tu ? ah, j’ai encore pas tout vu… lol

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